Cinq organisations basées en Italie répondent à l' appellation de « mafia »: la 'Ndrangheta, la Sacra Corona Unita, la Cammora , la Stidda et la Cosa Nostra, basée en Sicile, considérée comme l' organisation criminelle la plus importante d'Europe. Outre l' Italie, elle a des ramifications en Allemagne, en France, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Russie, au Canada et aux USA. Déjà célèbre pour ses activités criminelles, elle a déclenché un vaste mouvement d'opposition en Italie à la suite des attentats contre les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.
On ne peut pas étudier la mafia de manière pertinente sans analyser la société dans laquelle elle est née et s'est développée. La Sicile, en particulier sa région occidentale, peut être définie comme une société mafiogène (c'est-à-dire productrice de mafia) en raison de certaines caractéristiques, telle que l' acceptation, par une grande partie de la population, de la violence et de l' illégalité; la faiblesse de l'économie légale ou la fragilité du tissu social. Pour autant, on ne doit pas oublier que ceci n'est ni le produit d'un immuable ethos (au sens de "familisme amoral" de Banfield) ni celui d'un incivisme ancestral (la thèse de Putnam). La Sicile a connu d' importantes luttes populaires contre la mafia, à partir de celles des "Fasci" siciliens (1891-1894) à celles des masses paysannes au lendemain de la deuxième guerre, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes et causé des centaines de morts. Leur défaite, qui a forcé à l'immigration des millions d'individus, s'explique non seulement par la réaction violente des propriétaires terriens et des mafiosi, mais aussi par la complicité des institutions locales et centrales.
Jusque dans les années 1980, seules six provinces siciliennes sur neuf étaient réputées tenues par Cosa Nostra ("Notre Chose"). Mais compterait aujourd' hui environ 5 000 hommes d' honneur dont plus de la moitié relèvent des 54 familles palermitaines, familles qui se caractérisent par leur extrême homogénéité (mêmes familles biologiques unies à la fois par des mariages croisés entre familles proches et des liens d' interdépendance géographique et économique) . Presque tous les groupes d' hommes d' honneur sont constitués de la famille proche ou lointaine et des amis. Frères , cousins, compères tissent toujours la toile de la cellule de base, la cosca.». Entrer dans une cosca , c'est être impliqué dans un cercle de compagnonnages, de mariages et de clientélisme de vastes proportions, qui peut inclure plusieurs centaines de personnes. Selon Ilda Boccassini « la famille, les parentés, les liens du sang sont à Cosa Nostra ce que l' idéologie était au terrorisme politique. »
Les débuts
La Cosa Nostra s ' est structurée à partir du milieu du XIXe siècle comme force supplétive au service des grands propriétaires terriens soucieux d'assurer la sécurité de leurs domaines en l' absence d'institutions publiques italiennes encore crédibles suite à la déchéance des Bourbons et au processus d'unification de l'Italie de 1860.
A partir du contrôle des vastes propriétés agraires (latifundi), les activités des familles mafieuses vont rapidement s' étendre aux marchés d' agrumes et aux principaux circuits commerciaux de la Sicile (minoteries, marchés de la viande, compagnies de transport, entrepôts portuaires), influence qui contaminer rapidement la vie politique communale puis régionale, le paravent qualifié d' idéologique par Ilda Boccassini, de « siciliannité » facilitant la perméabilité de la vie sociale Sicilienne.
Entre 1924 et 1929, le préfet Cesare Mori obtient de Benito Mussolini les pleins pouvoirs et entreprend d'éradiquer toute activité mafieuse sur l' île. La répression va renforcer la clandestinité de l'organisation mafieuse et favoriser sa dissémination hors des frontières insulaires.
Au cours des années 1920, une famille mafieuse s' installe à Tunis tandis que d' autres mafieux profitent de l'implantation d'une diaspora sicilienne aux Etats-Unis pour s'implanter sur le continent nord-américain, à l'exemple des chefs mafieux italo-américains Joe Masseria, Carlo Gambino, Joseph (Bananas) Bonanno et Salvatore Lucania, alias Francky (Lucky) Luciano.
Avec l' arrivée des troupes américaines en Sicile en 1943 et sous l'impulsion du mafieux italo-américain Lucky Luciano, la vieille mafia sicilienne rurale emprunte aux méthodes rationalisées des familles criminelles italo-américaines et se transforme progressivement en organisation criminelle transnationale.
Installé dès 1947 près de Naples, Lucky Luciano noue des contacts avec les corses Joe Renucci et les frères Francisci pour développer des filières de trafic d' héroïne en Méditerranée. D' autres italo-américains rejoignent alors également l' Italie : Franck Coppola et Serafino Mancuso, condamnés aux Etats-Unis pour trafic en 1935.
Une seconde métamorphose...
Suite à la réforme agraire de 1950, qui démantèle les grands domaines agraires, la Cosa Nostra se métamorphose une nouvelle fois. Les mafieux sont plus exclusivement attachés à l' univers rural. Ils s' impliquent dans les affaires, créent des sociétés, s' imposent comme intermédiaires obligés pour l'effort de reconstruction de l' après-guerre en profitant de la mise en place des nouvelles institutions politiques . Le mafieux n'est plus nécessairement un campiere ou un administrateur appointé par le grand propriétaire. Il se présente plutôt sous les traits d'un propriétaire terrien petit ou moyen, possède, individuellement ou en société, des tracteurs, des moissonneuses-batteuses ou des camions, est propriétaire, en son nom ou en participation collective, de sociétés de constructions plus ou moins importantes pour l' adjudication des travaux publics, est titulaire ou associé d' entreprises commerciales et de magasins. »
Du 10 au 14 octobre 1957, va se tenir, à Palerme le sommet des parrains Siciliens et des USA. Franck Coppola, Lucky Luciano et Michele Sindona, le conseiller financier de Cosa Nostra sont notamment présents.
Les Siciliens alors décideront d' importer la morphine-base depuis le Moyen-Orient (Turquie, Iran, Afghanistan) et de la raffiner depuis la Sicile avec l' aide de chimistes du milieu marseillais avant de l' expédier vers New-York. Les Américains se contenteront de fournir la logistique nécessaire au trafic depuis les Etats-Unis.
Une montée en puissance
Le parrain des Corleonesi était alors Michele Navarra, (Docteur qui cumule les fonctions de médecin-chirurgien) jusqu'en 1958 lorsqu' il il fut tué sur les ordres de Luciano Liggio, un mafioso de 33 ans devenu par la suite le nouveau boss. En même temps que Totò Riina et Bernardo Provenzano, Liggio commença à augmenter la puissance des Corleonesi. Dans les années 60, il s' assure le soutien de deux proches de Giulio Andreotti : le député démocrate-chrétien Bernardo Mattarella, qui sera par la suite ministre du commerce extérieur, et Vito Ciancimino, maire de Palerme en 1971, ancien adjoint aux travaux publics de son prédécesseur, Salvo Lima, autre vieux compagnon de route de Cosa Nostra (qui sera assassiné en 1992).
Les Corleonesi n' étaient pas un élément important de la Mafia sicilienne dans les années 50, non comparable aux principales basées dans la capitale, Palerme. Dans une sous-estimation des truands de Corleone, les patrons de Palerme se sont souvent référés au Corleonesi comme "les paysans".
Au début des années 60, Liggio, Riina et Provenzano, qui avait passé les dernières années en chassant et tuant des douzaines d'hommes de Navarra encore vivants, furent forcés de se cacher, de nombreux mandats d' arrêt ayant été lancés. Riina et Leggio furent arrêtés et jugés en 1969 pour des meurtres commis plus tôt cette décennie. Ils furent acquittés grâce à l'intimidation des jurés et des témoins. Riina se cacha plus tard cette année après avoir été accusé d'un autre meurtre. Il devait rester un fugitif pour les vingt-trois années suivantes.
En 1974 Luciano Liggio est arrêté et emprisonné pour le meurtre de Michele Navarra seize années plus tôt. Bien que Liggio ait maintenu une certaine influence de derrière les barreaux, Riina était maintenant la tête pensante des Corleonesi.
Pendant les années 70 la Sicile devint un lieu important dans le commerce international d'héroïne, particulièrement dans le raffinage et l'exportation de narcotiques. Les bénéfices de l' héroïne étaient importants, et dépassèrent ceux des activités traditionnelles d' extorsion de fonds. Totò Riina voulut prendre les commandes du commerce et dut ainsi entrer dans une guerre avec les autres familles de la Mafia.
A la fin des années 70, Riina organisa les meurtres d' un certain nombre de hauts fonctionnaires, tels que des juges, procureurs ou carabiniers. En plus d'intimider l'état, ces assassinats servirent également à porter un coup aux rivaux des Corleonesi. Les parrains de beaucoup de familles de Mafia étaient souvent médiatisés, débattant avec des politiciens et des maires, se protégeant par des relations plutôt que par la violence. En revanche, Riina, Provenzano et n' importe quel Corleonesi étaient des fugitifs, se cachant toujours, rarement vu par d' autres truands et encore moins par le public. En conséquence, lorsqu' un policier ou un juge était tué c' était les familles les plus médiatisées de la Mafia qui étaient le sujet de toutes les investigations officielles, les assassinats étant de plus volontairement commis dans leurs territoires.
La guerre de la Mafia de 1981/82
Les principaux rivaux des Corleonesi étaient Stefano Bontade, Salvatore Inzerillo et Gaetano Badalamenti, patrons de familles puissantes de la Mafia de Palerme. Le 23 avril 1981, Bontade sauvagement assassiné, puis quelques semaines plus tard, le 11 mai, Inzerillo fut supprimé par une criblée de balles. Plusieurs parents et associés des deux hommes furent ensuite tués ou disparurent mystérieusement, y compris le fils de 15 ans d'Inzerillo, éliminé en voulant venger son père assassiné. Badalamenti ne parvint à survivre qu'en s'enfuyant de la Sicile.
De plus en plus massacres eurent lieu au cours des deux années suivantes, illustré par un énorme carnage : en un seul jour, le 30 novembre 1982, douze Mafiosi furent assassinés à Palerme dans douze incidents distincts. Les meurtres traversèrent même l'Océan Atlantique, avec le frère d'Inzerillo trouvé mort dans le New Jersey après une fuite aux USA.
Riina commandita les meurtres de juges, de policiers et de procureurs afin de tenter de terrifier les autorités. Les Corleonesi entreprennent d' éliminer méthodiquement les familles palermitaines concurrentes. Entre 1978 et 1982, les homicides se multiplient : les opposants aux Corleonesi au sein de Cosa Nostra, les représentants des autorités publiques (le colonel Giuseppe Russo en août 1977, l' inspecteur Boris Giuliano en juillet 1979, le magistrat et député Cesare Terranova en septembre 1979, le capitaine des Carabiniers Emanuele Basile en mai 1980)) et même certaines personnalités politiques (Michele Reina, secrétaire de la Démocratie Chrétienne de Palerme en mars 1979, le président de la région de Sicile Piersanti Matarella en janvier 1980) seront les premières victimes de la campagne d' assassinats conduite par les Corleonesi en vue de la conquête du pouvoir mafieux. Au cours de cette période, on relève, en moyenne, un meurtre par jour à Palerme. Un des magistrats les plus hauts placés était le Général Carlo Alberto Dalla Chiesa, qui fut muté à Palerme en qualité de préfet pour lutter contre l'action de la Mafia. Le 3 septembre 1982, Dalla Chiesa, son épouse et un de ses gardes du corps furent assassinés dans un guet-apens. On pense que le tueur était Pino Greco, l'un des tueurs favoris de Riina. Toujours muni d'un Ak-47, et portant le surnom inexplicable de "la chaussure", Pino Greco est suspecté d' avoir tué autour quatre-vingts personnes au nom de Riina, y compris Bontade et Inzerillo.
En 1981 et 1982, autour de mille Mafiosi furent tués pendant que Riina décimait ses adversaires. Ces derniers tentèrent de battre en retraite : au moins deux cents d'entre eux disparurent sans laisser de traces.
Une des histoires les plus terrifiantes de cette période était la prétendue "salle de la mort", un appartement squatté à Palerme tenu par un des hommes de Riina, Filippo Marchese. Des hommes étaient apportés là pour être torturés afin de soutirer des informations, puis tués et dissous dans de l'acide ou démembrés et jetés à la mer. Un informateur ayant travaillé aux côtés de Marchese raconta que Marchese insistait pour étrangler les victimes lui-même, bien que ses hommes de main pouvaient s' en charger.
Riina recourait souvent à la trahison dans sa guerre, se liant avec des rivaux, puis les tuant lorsqu' ils n'étaient plus d'aucune utilité. Il élimina même ses deux tueurs les plus impitoyables et les plus fidèles, Pino Greco et Filippo Marchese. En 1982, après avoir décidé que Marchese n'était plus utile, Riina le fit assassiner par Pino Greco, puis trois années plus tard l' élimina à son tour, l'ayant jugé un peu trop ambitieux.
Tandis que les Corleonesi devenaient le clan le plus puissant en Sicile, leur tactique se modifia quand, en 1982, un double-tueur condamné nommé Tommaso Buscetta devint le premier Mafioso sicilien à devenir un informateur et à coopérer avec les autorités. Buscetta faisait partie d'une famille en difficulté dans la guerre de Mafia, et avait perdu plusieurs parents et beaucoup d'amis, éliminés par les tueurs de Riina. Devenir un informateur était la seule façon de sauver sa peau et de tenir sa revanche sur Riina. Buscetta fournit beaucoup d'informations au juge Giovanni Falcone, et témoigna au maxi-procès au milieu des années 80 qui a vu des centaines de Mafiosi emprisonnées. Riina fut une nouvelle fois condamné pour meurtre mais n' était pas présent au procès : il était toujours un fugitif.
Vers une nouvelle "Cosa " ?
Après l' arrestation de Salvatore Riinà, incarcéré depuis janvier 1993, la Cosa Nostra va engager une stratégie dite d'invisibilité, fondée sur l'abandon de l'option terroriste pratiquée au début des années 1990. Selon Eric Jozsef, la Cosa Nostra, affaiblie par la multiplication des interpellations, le recours systématisé aux repentis et les tensions internes provoquées par la brutalité des méthodes de commandement de Salvatore Riinà et des Corleonesi, aurait voulu au cours de l'année 2000 engager une tentative de conciliation avec l'Etat italien par le biais du chef mafieux Salvatore Biondino, désigné comme représentant de Salvatore Riinà. Contre la reconnaissance de leur culpabilité et la dissolution de l' organisation mafieuse, la plupart des chefs de Cosa Nostra incarcérés réclament à Pier Luigi Vigna, le procureur national antimafia, le droit d' être libéré dans les 15 ou 20 ans.
Messina Denaro, associé en cette affaire à Filippo et Giuseppe Graviano, deux chefs mafieux de la famille du Brancaccio à Palerme, va alors avoir pour mission (attentats, 10 morts) d' imposer aux pouvoirs publics italiens une négociation autour de l'aménagement des peines infligées aux chefs incarcérés de Cosa Nostra ; il va acquérir de l' importance au sein de Cosa Nostra et eu égard à son habilité à gérer les fonds criminels. Il est alors propriétaire de sablières dans la province de Trapani, associé depuis le début des années 1990 avec les familles des Cuntrera et Caruana, originaires de Siculiana et installées en Amérique du Nord, pour le trafic de stupéfiants et le blanchiment, au mieux, aussi, avec une puissante famille de propriétaires terriens à laquelle appartient Antonio D' Ali, (sénateur de Sicile et membre influent de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi), dont le cousin, Giacomo D' Ali est administrateur de la banque d'affaires COMIT. En 1993, la famille D' Ali avait prêté son concours à Salvatore Riinà pour dissimuler une partie de ses avoirs.
On ne peut pas étudier la mafia de manière pertinente sans analyser la société dans laquelle elle est née et s'est développée. La Sicile, en particulier sa région occidentale, peut être définie comme une société mafiogène (c'est-à-dire productrice de mafia) en raison de certaines caractéristiques, telle que l' acceptation, par une grande partie de la population, de la violence et de l' illégalité; la faiblesse de l'économie légale ou la fragilité du tissu social. Pour autant, on ne doit pas oublier que ceci n'est ni le produit d'un immuable ethos (au sens de "familisme amoral" de Banfield) ni celui d'un incivisme ancestral (la thèse de Putnam). La Sicile a connu d' importantes luttes populaires contre la mafia, à partir de celles des "Fasci" siciliens (1891-1894) à celles des masses paysannes au lendemain de la deuxième guerre, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes et causé des centaines de morts. Leur défaite, qui a forcé à l'immigration des millions d'individus, s'explique non seulement par la réaction violente des propriétaires terriens et des mafiosi, mais aussi par la complicité des institutions locales et centrales.
Jusque dans les années 1980, seules six provinces siciliennes sur neuf étaient réputées tenues par Cosa Nostra ("Notre Chose"). Mais compterait aujourd' hui environ 5 000 hommes d' honneur dont plus de la moitié relèvent des 54 familles palermitaines, familles qui se caractérisent par leur extrême homogénéité (mêmes familles biologiques unies à la fois par des mariages croisés entre familles proches et des liens d' interdépendance géographique et économique) . Presque tous les groupes d' hommes d' honneur sont constitués de la famille proche ou lointaine et des amis. Frères , cousins, compères tissent toujours la toile de la cellule de base, la cosca.». Entrer dans une cosca , c'est être impliqué dans un cercle de compagnonnages, de mariages et de clientélisme de vastes proportions, qui peut inclure plusieurs centaines de personnes. Selon Ilda Boccassini « la famille, les parentés, les liens du sang sont à Cosa Nostra ce que l' idéologie était au terrorisme politique. »
Les débuts
La Cosa Nostra s ' est structurée à partir du milieu du XIXe siècle comme force supplétive au service des grands propriétaires terriens soucieux d'assurer la sécurité de leurs domaines en l' absence d'institutions publiques italiennes encore crédibles suite à la déchéance des Bourbons et au processus d'unification de l'Italie de 1860.
A partir du contrôle des vastes propriétés agraires (latifundi), les activités des familles mafieuses vont rapidement s' étendre aux marchés d' agrumes et aux principaux circuits commerciaux de la Sicile (minoteries, marchés de la viande, compagnies de transport, entrepôts portuaires), influence qui contaminer rapidement la vie politique communale puis régionale, le paravent qualifié d' idéologique par Ilda Boccassini, de « siciliannité » facilitant la perméabilité de la vie sociale Sicilienne.
Entre 1924 et 1929, le préfet Cesare Mori obtient de Benito Mussolini les pleins pouvoirs et entreprend d'éradiquer toute activité mafieuse sur l' île. La répression va renforcer la clandestinité de l'organisation mafieuse et favoriser sa dissémination hors des frontières insulaires.
Au cours des années 1920, une famille mafieuse s' installe à Tunis tandis que d' autres mafieux profitent de l'implantation d'une diaspora sicilienne aux Etats-Unis pour s'implanter sur le continent nord-américain, à l'exemple des chefs mafieux italo-américains Joe Masseria, Carlo Gambino, Joseph (Bananas) Bonanno et Salvatore Lucania, alias Francky (Lucky) Luciano.
Avec l' arrivée des troupes américaines en Sicile en 1943 et sous l'impulsion du mafieux italo-américain Lucky Luciano, la vieille mafia sicilienne rurale emprunte aux méthodes rationalisées des familles criminelles italo-américaines et se transforme progressivement en organisation criminelle transnationale.
Installé dès 1947 près de Naples, Lucky Luciano noue des contacts avec les corses Joe Renucci et les frères Francisci pour développer des filières de trafic d' héroïne en Méditerranée. D' autres italo-américains rejoignent alors également l' Italie : Franck Coppola et Serafino Mancuso, condamnés aux Etats-Unis pour trafic en 1935.
Une seconde métamorphose...
Suite à la réforme agraire de 1950, qui démantèle les grands domaines agraires, la Cosa Nostra se métamorphose une nouvelle fois. Les mafieux sont plus exclusivement attachés à l' univers rural. Ils s' impliquent dans les affaires, créent des sociétés, s' imposent comme intermédiaires obligés pour l'effort de reconstruction de l' après-guerre en profitant de la mise en place des nouvelles institutions politiques . Le mafieux n'est plus nécessairement un campiere ou un administrateur appointé par le grand propriétaire. Il se présente plutôt sous les traits d'un propriétaire terrien petit ou moyen, possède, individuellement ou en société, des tracteurs, des moissonneuses-batteuses ou des camions, est propriétaire, en son nom ou en participation collective, de sociétés de constructions plus ou moins importantes pour l' adjudication des travaux publics, est titulaire ou associé d' entreprises commerciales et de magasins. »
Du 10 au 14 octobre 1957, va se tenir, à Palerme le sommet des parrains Siciliens et des USA. Franck Coppola, Lucky Luciano et Michele Sindona, le conseiller financier de Cosa Nostra sont notamment présents.
Les Siciliens alors décideront d' importer la morphine-base depuis le Moyen-Orient (Turquie, Iran, Afghanistan) et de la raffiner depuis la Sicile avec l' aide de chimistes du milieu marseillais avant de l' expédier vers New-York. Les Américains se contenteront de fournir la logistique nécessaire au trafic depuis les Etats-Unis.
Une montée en puissance
Le parrain des Corleonesi était alors Michele Navarra, (Docteur qui cumule les fonctions de médecin-chirurgien) jusqu'en 1958 lorsqu' il il fut tué sur les ordres de Luciano Liggio, un mafioso de 33 ans devenu par la suite le nouveau boss. En même temps que Totò Riina et Bernardo Provenzano, Liggio commença à augmenter la puissance des Corleonesi. Dans les années 60, il s' assure le soutien de deux proches de Giulio Andreotti : le député démocrate-chrétien Bernardo Mattarella, qui sera par la suite ministre du commerce extérieur, et Vito Ciancimino, maire de Palerme en 1971, ancien adjoint aux travaux publics de son prédécesseur, Salvo Lima, autre vieux compagnon de route de Cosa Nostra (qui sera assassiné en 1992).
Les Corleonesi n' étaient pas un élément important de la Mafia sicilienne dans les années 50, non comparable aux principales basées dans la capitale, Palerme. Dans une sous-estimation des truands de Corleone, les patrons de Palerme se sont souvent référés au Corleonesi comme "les paysans".
Au début des années 60, Liggio, Riina et Provenzano, qui avait passé les dernières années en chassant et tuant des douzaines d'hommes de Navarra encore vivants, furent forcés de se cacher, de nombreux mandats d' arrêt ayant été lancés. Riina et Leggio furent arrêtés et jugés en 1969 pour des meurtres commis plus tôt cette décennie. Ils furent acquittés grâce à l'intimidation des jurés et des témoins. Riina se cacha plus tard cette année après avoir été accusé d'un autre meurtre. Il devait rester un fugitif pour les vingt-trois années suivantes.
En 1974 Luciano Liggio est arrêté et emprisonné pour le meurtre de Michele Navarra seize années plus tôt. Bien que Liggio ait maintenu une certaine influence de derrière les barreaux, Riina était maintenant la tête pensante des Corleonesi.
Pendant les années 70 la Sicile devint un lieu important dans le commerce international d'héroïne, particulièrement dans le raffinage et l'exportation de narcotiques. Les bénéfices de l' héroïne étaient importants, et dépassèrent ceux des activités traditionnelles d' extorsion de fonds. Totò Riina voulut prendre les commandes du commerce et dut ainsi entrer dans une guerre avec les autres familles de la Mafia.
A la fin des années 70, Riina organisa les meurtres d' un certain nombre de hauts fonctionnaires, tels que des juges, procureurs ou carabiniers. En plus d'intimider l'état, ces assassinats servirent également à porter un coup aux rivaux des Corleonesi. Les parrains de beaucoup de familles de Mafia étaient souvent médiatisés, débattant avec des politiciens et des maires, se protégeant par des relations plutôt que par la violence. En revanche, Riina, Provenzano et n' importe quel Corleonesi étaient des fugitifs, se cachant toujours, rarement vu par d' autres truands et encore moins par le public. En conséquence, lorsqu' un policier ou un juge était tué c' était les familles les plus médiatisées de la Mafia qui étaient le sujet de toutes les investigations officielles, les assassinats étant de plus volontairement commis dans leurs territoires.
La guerre de la Mafia de 1981/82
Les principaux rivaux des Corleonesi étaient Stefano Bontade, Salvatore Inzerillo et Gaetano Badalamenti, patrons de familles puissantes de la Mafia de Palerme. Le 23 avril 1981, Bontade sauvagement assassiné, puis quelques semaines plus tard, le 11 mai, Inzerillo fut supprimé par une criblée de balles. Plusieurs parents et associés des deux hommes furent ensuite tués ou disparurent mystérieusement, y compris le fils de 15 ans d'Inzerillo, éliminé en voulant venger son père assassiné. Badalamenti ne parvint à survivre qu'en s'enfuyant de la Sicile.
De plus en plus massacres eurent lieu au cours des deux années suivantes, illustré par un énorme carnage : en un seul jour, le 30 novembre 1982, douze Mafiosi furent assassinés à Palerme dans douze incidents distincts. Les meurtres traversèrent même l'Océan Atlantique, avec le frère d'Inzerillo trouvé mort dans le New Jersey après une fuite aux USA.
Riina commandita les meurtres de juges, de policiers et de procureurs afin de tenter de terrifier les autorités. Les Corleonesi entreprennent d' éliminer méthodiquement les familles palermitaines concurrentes. Entre 1978 et 1982, les homicides se multiplient : les opposants aux Corleonesi au sein de Cosa Nostra, les représentants des autorités publiques (le colonel Giuseppe Russo en août 1977, l' inspecteur Boris Giuliano en juillet 1979, le magistrat et député Cesare Terranova en septembre 1979, le capitaine des Carabiniers Emanuele Basile en mai 1980)) et même certaines personnalités politiques (Michele Reina, secrétaire de la Démocratie Chrétienne de Palerme en mars 1979, le président de la région de Sicile Piersanti Matarella en janvier 1980) seront les premières victimes de la campagne d' assassinats conduite par les Corleonesi en vue de la conquête du pouvoir mafieux. Au cours de cette période, on relève, en moyenne, un meurtre par jour à Palerme. Un des magistrats les plus hauts placés était le Général Carlo Alberto Dalla Chiesa, qui fut muté à Palerme en qualité de préfet pour lutter contre l'action de la Mafia. Le 3 septembre 1982, Dalla Chiesa, son épouse et un de ses gardes du corps furent assassinés dans un guet-apens. On pense que le tueur était Pino Greco, l'un des tueurs favoris de Riina. Toujours muni d'un Ak-47, et portant le surnom inexplicable de "la chaussure", Pino Greco est suspecté d' avoir tué autour quatre-vingts personnes au nom de Riina, y compris Bontade et Inzerillo.
En 1981 et 1982, autour de mille Mafiosi furent tués pendant que Riina décimait ses adversaires. Ces derniers tentèrent de battre en retraite : au moins deux cents d'entre eux disparurent sans laisser de traces.
Une des histoires les plus terrifiantes de cette période était la prétendue "salle de la mort", un appartement squatté à Palerme tenu par un des hommes de Riina, Filippo Marchese. Des hommes étaient apportés là pour être torturés afin de soutirer des informations, puis tués et dissous dans de l'acide ou démembrés et jetés à la mer. Un informateur ayant travaillé aux côtés de Marchese raconta que Marchese insistait pour étrangler les victimes lui-même, bien que ses hommes de main pouvaient s' en charger.
Riina recourait souvent à la trahison dans sa guerre, se liant avec des rivaux, puis les tuant lorsqu' ils n'étaient plus d'aucune utilité. Il élimina même ses deux tueurs les plus impitoyables et les plus fidèles, Pino Greco et Filippo Marchese. En 1982, après avoir décidé que Marchese n'était plus utile, Riina le fit assassiner par Pino Greco, puis trois années plus tard l' élimina à son tour, l'ayant jugé un peu trop ambitieux.
Tandis que les Corleonesi devenaient le clan le plus puissant en Sicile, leur tactique se modifia quand, en 1982, un double-tueur condamné nommé Tommaso Buscetta devint le premier Mafioso sicilien à devenir un informateur et à coopérer avec les autorités. Buscetta faisait partie d'une famille en difficulté dans la guerre de Mafia, et avait perdu plusieurs parents et beaucoup d'amis, éliminés par les tueurs de Riina. Devenir un informateur était la seule façon de sauver sa peau et de tenir sa revanche sur Riina. Buscetta fournit beaucoup d'informations au juge Giovanni Falcone, et témoigna au maxi-procès au milieu des années 80 qui a vu des centaines de Mafiosi emprisonnées. Riina fut une nouvelle fois condamné pour meurtre mais n' était pas présent au procès : il était toujours un fugitif.
Vers une nouvelle "Cosa " ?
Après l' arrestation de Salvatore Riinà, incarcéré depuis janvier 1993, la Cosa Nostra va engager une stratégie dite d'invisibilité, fondée sur l'abandon de l'option terroriste pratiquée au début des années 1990. Selon Eric Jozsef, la Cosa Nostra, affaiblie par la multiplication des interpellations, le recours systématisé aux repentis et les tensions internes provoquées par la brutalité des méthodes de commandement de Salvatore Riinà et des Corleonesi, aurait voulu au cours de l'année 2000 engager une tentative de conciliation avec l'Etat italien par le biais du chef mafieux Salvatore Biondino, désigné comme représentant de Salvatore Riinà. Contre la reconnaissance de leur culpabilité et la dissolution de l' organisation mafieuse, la plupart des chefs de Cosa Nostra incarcérés réclament à Pier Luigi Vigna, le procureur national antimafia, le droit d' être libéré dans les 15 ou 20 ans.
Messina Denaro, associé en cette affaire à Filippo et Giuseppe Graviano, deux chefs mafieux de la famille du Brancaccio à Palerme, va alors avoir pour mission (attentats, 10 morts) d' imposer aux pouvoirs publics italiens une négociation autour de l'aménagement des peines infligées aux chefs incarcérés de Cosa Nostra ; il va acquérir de l' importance au sein de Cosa Nostra et eu égard à son habilité à gérer les fonds criminels. Il est alors propriétaire de sablières dans la province de Trapani, associé depuis le début des années 1990 avec les familles des Cuntrera et Caruana, originaires de Siculiana et installées en Amérique du Nord, pour le trafic de stupéfiants et le blanchiment, au mieux, aussi, avec une puissante famille de propriétaires terriens à laquelle appartient Antonio D' Ali, (sénateur de Sicile et membre influent de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi), dont le cousin, Giacomo D' Ali est administrateur de la banque d'affaires COMIT. En 1993, la famille D' Ali avait prêté son concours à Salvatore Riinà pour dissimuler une partie de ses avoirs.

